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Championnat du monde de Pair Go amateur 2017

 

Au début du mois de décembre 2017, Nyoshi et moi étions invités à Tokyo pour disputer le Championnat du Monde de Pair Go Amateur.

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C’était notre deuxième participation à cet événement pour lequel nous avions déjà représenté la France en 2014. Chaque année dix-neuf paires, issues de dix-neuf pays différents sont qualifiées pour ce championnat du monde. A ces paires s’ajoutent la paire championne d’Europe et douze paires représentant les différentes provinces du Japon. Nyoshi et moi qui jouons ensemble depuis une dizaine d’années avons été champions de France à quatre reprises. Ce n’est que notre deuxième participation au championnat du monde car la France n’est pas invitée chaque année et pour les bienfaits de la promotion et du développement du pair go, nous faisons en sorte que ça ne soit pas toujours la même paire qui représente son pays.

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Le pair go est une discipline récente, mais en plein essor et qui jouit d’une grande popularité et surtout d’un prestige particulier au Japon. Ce championnat du monde en était à sa 28ème édition. Le go a des ambitions olympiques depuis longtemps maintenant. En 2008, une compétition de grande ampleur : les World Mind Sport Games, avait été organisée à Pékin en parallèle aux jeux olympiques et paralympiques. Avec la perspective des JO 2020 à Tokyo, les fédérations japonaises de go et de pair go mettent en œuvre de gros moyens pour que leurs disciplines soient intégrées au programme officiel de l’événement.

Nous sommes arrivés à Tokyo le vendredi 1er décembre. Le voyage a été plus compliqué pour Nyoshi, venue avec toute sa famille, que pour moi puisque sa valise s’est égarée à Amsterdam. Nyoshi part donc en expédition shopping, pour se trouver un tailleur à porter pour la compétition. De mon côté, après m’être installé dans ma chambre, je vais me balader du côté du Tokyo Dome puis du Palais Impérial avant de retrouver quelques camarades pour dîner au restaurant de sushi de l’hôtel.

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Nous avions découvert la liste des participants quelques jours avant la compétition et c’est avec plaisir que nous avons passé cette première soirée avec nos amis Serbes et Hongrois avec qui nous avons l’habitude de faire la fête lors des événements de go européens. Après ce premier dîner, notre petit groupe s’est retrouvé dans un bar du quartier histoire de boire quelques verres avant la première journée.

Après nous être couchés à une heure raisonnable, j’avais prévu de me lever tôt pour aller courir le lendemain matin. Malheureusement le décalage horaire m’a joué des tours et c’est le téléphone de la chambre qui me réveilla à 13h, heure à laquelle devait débuter la 1ère partie… A peine le temps d’enfiler mon costume et de descendre quelques étages plus bas, Nyoshi m’attendait pour la photo officielle et nous nous retrouvions assis face à nos premiers adversaires pendant que les officiels prononçaient les discours d’ouverture.

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Pour cette première partie, nous étions opposés à une paire japonaise. Rapidement nous nous rendons compte que nos adversaires sont d’un très bon niveau, ce que Motoki nous confirmera à l’issue de la partie, le garçon ayant plusieurs titres de champion amateur du Japon notamment. Nous nous défendons pas mal dans cette partie. Le briseur de shicho en D15 plutôt que de couper directement en Q6 est une bonne idée. Après K15 noir a un potentiel intéressant mais dans le combat, L9 est beaucoup trop agressif. Noir aurait dû se contenter de sortir. Au lieu d’abandonner, on aurait pu tenter un baroud d’honneur qui aurait pu compliquer la partie mais le temps nous manquait également.

Après cette première partie avait lieu un des principaux événements du weekend avec le match de bienfaisance. Tous les participants mais également quelques sponsors, bienfaiteurs du pair go ainsi que des personnalités et des joueurs professionnels étaient appariés pour disputer des parties de pair go amicales, pour lesquelles les représentants nationaux sont invités à porter un costume traditionnel de leur pays. La robe alsacienne de Nyoshi étant malheureusement restée dans sa valise, nous ne pouvions pas faire honneur à notre région cette année. Je passais tout de même un moment sympathique avec à ma table deux joueurs japonais et la représentante américaine. De son côté Nyoshi avait l’honneur de jouer avec un jeune professionnel qui avait fait rire l’assemblée lors de son discours de présentation.

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On enchaînait ensuite avec la cérémonie d’ouverture et ses nombreux discours. Comme je le disais en introduction, Mme Taki met tout en œuvre pour faire reconnaître le prestige du pair go avec une ambition Olympique. Les invités qui se succèdent au micro sont donc des personnalités importantes. Parmi elles Koichiro Matsuura, ancien directeur général de l’UNESCO mais aussi président de la fédération internationale de Go ou encore Kentaro Asahi, ancien joueur de beach volley ayant représenté le Japon aux JO de Pékin et de Londres et aujourd’hui député. Le discours de ce dernier ne passa pas inaperçu car il voulut faire référence au tirage au sort de la prochaine coupe du monde de football qui venait d’avoir lieu et pour laquelle le Japon affrontera la Colombie et la Pologne notamment. Ayant cru apercevoir les drapeaux polonais et colombiens, il demanda aux représentants de ces pays de se signaler pour qu’il puisse les saluer. Malheureusement, ni la Pologne, ni la Colombie n’étaient représentées. Pour dissiper le malaise, j’hésitai un moment à me faire passer pour un joueur polonais mais il enchaîna rapidement se rendant probablement compte de son erreur. Une fois la cérémonie terminée, c’est un groupe renforcé par des nouveaux amis, Mexicains notamment, qui allait rejoindre le bar de la veille.

A minuit nous retournions à l’hôtel en passant acheter 2-3 bricoles à l’épicerie d’en face. Si j’avais initialement prévu de dormir cette nuit-là pour être en forme pour les quatre parties du lendemain, le décalage horaire et le réveil tardif du matin me font rapidement renoncer.

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Ca tombe bien puisqu’il n’est pas loin d’une heure du matin, heure du coup d’envoi de Racing-PSG que je décide donc de suivre sur mon ordi depuis ma chambre. Je suis rapidement rejoint par ma camarade hongroise qui s’ennuie dans la chambre d’à côté et nous discutons tout en suivant le match. A ma grande surprise, le Racing réalise une grande première mi-temps et la déculottée qu’on avait tous envisagée n’a pas l’air de se profiler au moment où on atteint la mi-temps. On décide donc d’aller faire des provisions pour pouvoir suivre la deuxième mi-temps et nous retournons à l’épicerie pour acheter des bières et des onigiris. Le suspense est intenable, je bondis régulièrement sur place et finis par jeter mon dernier onigiri au moment du coup de sifflet final qui entérine la victoire du Racing. Les émotions n’ont pas vraiment aidé à éveiller notre sommeil et nous sommes d’ailleurs rejoints par d’autres camarades serbes et hongrois qui viennent m’entendre débriefer le match.

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C’est donc après une assez courte nuit qu’on se retrouve tous au petit déjeuner de l’hôtel avant d’aborder la journée la plus longue du tournoi. A 9h précises nous retrouvons nos deuxièmes adversaires, à nouveau une paire japonaise mais dont l’âge nous laisse à penser que nous avons nos chances. Le début du combat est à notre avantage. Je suis assez serein après le ponnuki qu’on réalise au centre, mais des mauvais choix de direction, de forme et notre précipitation font que nos adversaires reprennent le dessus dans le combat et finissent par tuer un de nos groupes.

Pas le temps de se lamenter sur notre sort, la ronde suivante est déjà annoncée et pour la troisième fois, nous allons affronter une paire japonaise. Je fulmine devant notre manque de chance, surtout que le jeune duo m’a l’air assez sérieux. Le jeune homme paraît très serein dans son costume trop grand, et la jeune fille à l’air de souffrir d’une pneumonie derrière son masque. Sur le terrain c’est plutôt nous qui souffrons. La séquence en bas à droite est significative de notre manque d’ambition. La partie laisse paraître également quelques incompréhensions entre Nyoshi et moi et nous finissons par nous résoudre à abandonner pour la troisième fois. Nous revoyons la partie avec nos adversaires et nous posons longuement la question de savoir si après la coupe en F16, le sagari en A14 est sente sur la vie du coin noir. Nous n’avons pas le temps de répondre à la question, nous devons manger le traditionnel bento de midi avant de reprendre avec la ronde suivante.

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Finies les paires japonaises, après nos trois défaites nous finissons par affronter une paire beaucoup plus abordable. Nous faisons par la même occasion la connaissance de nos adversaires italiens. Nous leur laissons prendre le territoire et développons une stratégie de moyo ambitieuse. Logiquement ils tentent de nous envahir et nous sommes partagés entre l’idée de les tuer ou plutôt de les laisser vivre en tirant profit de l’attaque. Finalement ils commettent quelques erreurs et finissent par mourir mais nous ne sommes pas particulièrement fiers de notre partie qui ne nous a pas permis de retrouver la confiance avant d’aborder la dernière partie face à nos amis serbes Natasa et Dragan.

Ce manque de confiance se traduit rapidement par une séquence d’invasion ratée. Blanc 38 doit être joué en L4, puis il faut faire l’atari en J4 avant de faire le hane en J2. H2 est trop ambitieux. Il aurait fallu faire le hane de l’autre côté même s’il est désagréable.  Finalement et malgré une dernière tentative désespérée nous finissons par mourir,  achevant ainsi notre tournoi avec beaucoup de frustration.

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Après cette dernière partie et une petite heure de répit, nous revenons pour la cérémonie de clôture. Nous découvrons notre classement peu glorieux : 27èmes sur 32 paires, mais aussi que nos adversaires de la première ronde ont remporté le tournoi, gagnant la finale au temps apparemment. Traditionnellement les parties de pair go se déroulent en 45 minutes par paire mort subite, ce qui est assez rapide et inhabituel par rapport à ce qui est appliqué en individuel. Il arrive donc assez souvent que le temps soit mal géré par les paires.

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En tout cas, c’est la première dois depuis 1999 qu’une paire japonaise remporte la compétition et il y a une grande effervescence au moment de la remise des prix. En parallèle se tenait également le championnat du monde de pair go étudiant. La finale opposait deux paires coréennes et parmi les seize paires présentes, on retrouvait deux paires « mixtes » européennes. Le français Valérian Bouëtté, associé à une joueuse ukrainienne remportaient deux de leurs quatre parties. Le dernier trophée décerné par la célèbre styliste Junko Koshino récompensait les plus beaux costumes traditionnels. Et après une grande tombola au cours de laquelle je remportais un magnifique sac à main, il était enfin temps de décompresser. La soirée se poursuivit donc en tenue plus décontractée dans le bar habituel. A minuit l’épuisement finissait par avoir raison de tout le monde.

Le dernier événement du championnat était la traditionnelle réunion annuelle pour la promotion du Pair Go, ponctuée de plusieurs discours, présentations et vidéos. Beaucoup de participants se retrouvèrent à l’écran dans la vidéo de Frédéric Donzet retraçant le dernier championnat d’Europe par équipes. Une autre vidéo présentait le dernier championnat du monde de pair go professionnel auxquels les meilleurs joueurs du monde avaient pris part, la dotation d’environ 80 000€ pour les vainqueurs ayant dû les convaincre assez facilement.

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A midi nous étions libérés de toutes nos obligations officielles et il était temps de profiter un petit peu de Tokyo. On put enfin prendre l’air du côté d’Akihabara, quartier surnommé « electric city » connu notamment pour ses nombreuses salles de jeu d’arcade et ses lieux de détente en tout genre pour jeune geek japonais. Après ce court épisode touristique, Nyoshi, Jitka et moi avions été conviés à un dernier dîner mondain, organisé par Chizu Kobayashi dans un très beau salon de réception. La dernière nuit à l’hôtel Edmont fut agrémentée comme d’habitude de bières et de conversations qui nous entraînèrent jusqu’à 5h du matin.

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Le lendemain était synonyme de séparations ponctuées des habituels départs précipités, avions ratés et programmes incertains pour ceux qui avaient décidé de poursuivre leurs séjours. De mon côté je m’accordai une petite balade à Tokyo avant de rejoindre un atelier à la Nihon Ki-in animé en anglais par deux joueurs professionnels et orchestré par Anna Kobayashi. J’eus l’occasion de me faire commenter notre partie face à la paire championne du monde.  J’en rapporterai un tewari qui ravira les joueurs du club de Strasbourg et pas mal d’autres idées intéressantes qui auraient pu nous permettre de compliquer cette partie. Le départ de la Nihon Ki-in marquait la fin des événements liés au go et je confiais mes dernières heures à Tokyo à mon ami JM pour un programme un peu plus festif : yakiniku, bar à sake ,nuit en capsule et achats de souvenirs divers avant de reprendre l’avion pour Francfort…   

20171205_223046Au Japon, il faut être polytechnicien pour tirer la chasse d’eau.

20171206_011041La nuit en capsule, expérience à vivre une fois dans sa vie.

20171204_192353Nyoshi et moi, toujours assortis.

20171205_091834On prend des forces au petit déj.

20171203_235622Les européens, toujours champions de la 3ème mi-temps.

20171204_134450Un sourire les filles…

20171203_021322Bière, Racing, Onigiri.

20171203_011629T’as le seum Neymar ?

pairgoNyoshi et moi en 2014

20171203_085039Promis on défoncera tout la prochaine fois !

 

 

 

 

 

Championnat de France 2017 à Strasbourg

Le championnat de France amateur 2017 aura lieu les samedi 7 et dimanche 8 octobre à Strasbourg, au FEC, 17 place Saint-Etienne.

Seize joueurs s’affronteront pour désigner le successeur de Dai Junfu.

Le Strasbourgeois Thomas Debarre, quatre fois sacré fait partie des favoris.

Rendez-vous samedi à partir de 13h pour les huitièmes de finale. La finale aura lieu dimanche à 13h30.

Le tableau des huitièmes de finale

Lee Sedol vaincu par Alphago, victoire pour l’IA et pour le Go?

L’histoire du jeu de Go, entamée il y a plus de 3000 ans, a connu un véritable bouleversement le 9 mars 2016. C’est ce jour que les joueurs de go ont cessé de dire : « Le Go est le seul jeu auquel l’humain résiste toujours à la machine ». Ce jour-là en effet, l’intelligence artificielle AlphaGo, développée par Deepmind, une filiale de Google, a vaincu Lee Sedol, lors du premier des cinq matchs qui les ont opposés. Cet événement relayé par la presse du monde entier a placé le Go sur le devant de la scène. Si d’aucuns s’interrogent sur les effets des progrès de l’intelligence artificielle pour l’humanité, les joueurs de Go, passée la déception de la défaite inéluctable du meilleur d’entre eux face à la machine, se réjouissent de l’engouement populaire généré par cet événement. Des millions de nouveaux joueurs potentiels, en particulier en occident, se sont révélés depuis ce jour. La pratique du go, cantonnée à l’Asie dans sa forme professionnelle, va-t-elle s’universaliser ? Personne n’envisageait il y a vingt ans la victoire d’un ordinateur face à un joueur professionnel. Peut-on dès lors envisager que dans vingt ans le meilleur joueur du monde ne soit plus coréen ou chinois, mais américain, français, voire Strasbourgeois ?

Voici une liste non exhaustive des documents parus dans les médias en rapport avec cet événement ainsi que les cinq parties disputées par AlphaGo et Lee Sedol, avec les commentaires de Zhao Baolong, l’entraînent chinois des joueurs professionnels européens.